Aimer les autres

Peut-on aimer les autres quand on ne s’aime pas ?

Peut-on aimer les autres sans s’aimer soi-même ?

Pourquoi cette phrase ne correspond pas à mon vécu (et peut-être pas au vôtre)

On entend souvent cette phrase :
« Il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres. »

Elle est répétée partout : dans le développement personnel, en thérapie, sur les réseaux sociaux, dans les livres de bien-être.

aimer les autresPour beaucoup de personnes, cette idée fonctionne : apprendre à se respecter, à poser des limites, à se sentir digne d’amour améliore leurs relations. Et c’est vrai que, dans certains cas, le manque d’estime de soi peut compliquer les liens (peur de l’abandon, dépendance affective, difficulté à dire « non », etc.).

Mais pour moi, cette phrase ne correspond pas à la réalité de mon vécu.
Je ne me suis jamais vraiment aimée.
Et pourtant, j’ai toujours aimé les autres.

Alors… pourquoi dit-on ça ? Et est-ce que le fait que je ne comprenne pas cette phrase peut être lié à mon autisme ?

Aimer les autres et s’aimer soi-même : deux choses différentes

Pour moi, cette phrase mélange en réalité deux dimensions distinctes :

  • La capacité à aimer les autres (s’attacher, se soucier de quelqu’un, être loyale, présente, engagée)
  • La manière dont on se vit soi-même (estime de soi, légitimité, regard intérieur, rapport à sa propre valeur)

Ces deux dimensions peuvent être liées chez certaines personnes.
Mais elles ne sont pas identiques et ne se conditionnent pas automatiquement.

Dans mon cas, elles sont clairement dissociées :

  • J’ai un rapport dur, parfois très dur, à moi-même.
  • Et en même temps, j’aime profondément les autres.

Dire que “si on ne s’aime pas, on ne peut pas aimer” revient à invalider ce vécu.
Comme si mon amour était incomplet, faux ou mal formé.
Or, il est réel. Il se manifeste dans les actes, la constance, l’attention, la présence. Je n’essaie pas d’aimer : j’aime, tout simplement.

D’où vient cette phrase (et pourquoi elle est devenue une norme)

Cette idée vient en partie de la psychologie humaniste et de la culture du développement personnel (souvent associée à des auteurs comme Carl Rogers). À l’origine, l’intention est plutôt bienveillante : mettre en avant le fait que se respecter soi-même aide à construire des relations plus saines.

Le problème, c’est que cette nuance s’est transformée en règle générale :

“Si tu ne t’aimes pas, tu ne peux pas aimer.”

Et là, on bascule d’une observation utile à une injonction culpabilisante.
Une injonction qui ne tient pas compte de la diversité des fonctionnements humains.

“S’aimer soi-même” : une notion floue pour beaucoup de personnes

Autre problème : personne ne met la même chose derrière “s’aimer soi-même”.

Est-ce que ça veut dire :

  • se trouver des qualités ?
  • se pardonner ses défauts ?
  • se traiter avec bienveillance ?
  • se sentir légitime d’exister ?
  • ne plus jamais se critiquer intérieurement ?

Pour certaines personnes, c’est un objectif clair et concret.
Pour d’autres (dont moi), c’est une notion floue, abstraite, presque vide de sens pratique.

Je peux comprendre intellectuellement ce que les gens veulent dire…
mais je ne le reconnais pas dans mon expérience intérieure.
Et pourtant, mes relations aux autres sont bien réelles, incarnées, concrètes.

Est-ce que ça vient de l’autisme ?

En partie, oui, peut-être — ou plutôt : c’est compatible avec un fonctionnement autistique.

Beaucoup de personnes autistes :

  • ont un rapport complexe à elles-mêmes (souvent construit dans un monde qui les a beaucoup corrigées, jugées ou incomprises),
  • mais sont capables d’un attachement profond, sincère et non stratégique aux autres.

L’amour, chez une personne autiste, peut être :

  • très direct
  • très loyal
  • très peu “calculé” socialement
  • moins basé sur l’image de soi que sur le lien réel à l’autre

Autrement dit : l’amour n’est pas conditionné par une bonne estime de soi, mais par la relation elle-même.

Ce n’est pas une incapacité à s’aimer qui empêche d’aimer.
Ce sont deux circuits différents qui peuvent évoluer indépendamment.

Ne pas s’aimer peut compliquer… sans empêcher d’aimer

Il est important de nuancer :

Oui, ne pas s’aimer peut :

  • rendre plus vulnérable à certaines relations toxiques,
  • rendre plus difficile la pose de limites,
  • renforcer la peur de perdre l’autre.

Mais non, cela n’empêche pas d’aimer.
On peut aimer profondément en ayant une image de soi très abîmée.

Dire le contraire revient à dire à certaines personnes :

“Ton amour ne compte pas tant que tu ne t’aimes pas.”

Et ça, c’est violent.

En savoir plus sur l’autisme sans déficience intellectuelle

Où j’en suis aujourd’hui

Je ne peux pas dire que je m’aime, mais j’ai commencé à m’accepter un peu plus. Et pour moi, c’est déjà un pas immense.

Je ne fonctionne pas comme la norme.
Je ne rentre pas dans les slogans bien rangés du développement personnel.
Et c’est OK.

Il existe plusieurs manières d’aimer.
La mienne en est une.

En résumé

  • On peut aimer les autres sans s’aimer soi-même.
  • S’aimer soi-même n’est pas un prérequis universel à l’amour.
  • Cette phrase fonctionne pour beaucoup de gens, mais pas pour tous.
  • Les personnes autistes peuvent aimer profondément sans que cela passe par une estime de soi positive.
  • Ne pas s’aimer peut compliquer certaines relations, mais n’annule pas la capacité d’aimer.

FAQ — Peut-on aimer sans s’aimer soi-même ?

❓ Est-ce vrai qu’il faut s’aimer soi-même pour aimer les autres ?
Pas forcément. Cette idée fonctionne pour beaucoup de personnes, mais ce n’est pas une règle universelle. On peut aimer sincèrement les autres tout en ayant une image de soi négative. Aimer les autres et s’aimer soi-même sont deux dimensions différentes qui ne se conditionnent pas automatiquement.

❓ Si je ne m’aime pas, est-ce que mes relations sont “mal parties” ?
Non. Ne pas s’aimer peut compliquer certaines choses (poser des limites, se sentir digne d’amour, éviter la dépendance affective), mais ça n’annule pas ta capacité à aimer. Tes relations ne sont pas condamnées parce que tu as du mal avec l’estime de toi.

❓ Pourquoi cette phrase me semble vide de sens ou abstraite ?
Parce que “s’aimer soi-même” est une notion floue. Selon les personnes, ça peut vouloir dire se trouver des qualités, se pardonner ses défauts, se traiter avec bienveillance ou se sentir légitime d’exister. Si tu ne reconnais pas cette notion dans ton vécu intérieur, c’est normal que la phrase ne te parle pas.

❓ Est-ce que le fait de ne pas comprendre cette idée peut être lié à l’autisme ?
Oui, ça peut être compatible avec un fonctionnement autistique. Beaucoup de personnes autistes ont un rapport complexe à elles-mêmes (souvent façonné par des expériences de décalage ou d’incompréhension), tout en étant capables d’un amour sincère, direct et loyal envers les autres. L’amour n’est pas nécessairement conditionné par l’estime de soi.

❓ Est-ce grave de ne pas “s’aimer” ?
Non. Ce n’est pas un prérequis pour être une bonne personne ni pour aimer les autres. Parfois, le chemin commence par quelque chose de plus accessible que “s’aimer” : s’accepter un peu plus, se juger moins durement, reconnaître ses besoins. C’est déjà un vrai progrès.

❓ Peut-on apprendre à mieux se traiter sans passer par “l’amour de soi” ?
Oui. Tu peux travailler sur des choses concrètes :

  • te parler avec moins de violence,

  • respecter tes limites,

  • reconnaître tes efforts,

  • accepter que tu ne fonctionnes pas comme la norme.
    Ce sont des bases solides, même sans “aimer” au sens classique du terme.

❓ Est-ce que mes relations peuvent m’aider à m’accepter davantage ?
Oui, parfois l’acceptation de soi vient après les relations, et pas avant. Le lien, la sécurité relationnelle et l’expérience d’être accepté·e peuvent aider à construire peu à peu un rapport moins dur à soi-même.

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