Le traitement sensoriel : quand le cerveau reçoit tout… en même temps

On vous explique le traitement sensoriel, notamment chez les personnes autistes.

Enfant couvrant ses oreilles au milieu d'un environnement bruyant et lumineux, avec des icônes représentant les différentes sollicitations sensoriellesLe traitement sensoriel est l’une des caractéristiques les plus fréquentes de l’autisme, mais aussi l’une des plus mal comprises. Lorsqu’une personne autiste se bouche les oreilles, refuse un vêtement, fuit une foule ou semble épuisée après une simple sortie, il ne s’agit généralement ni d’un caprice ni d’un manque de volonté. Son cerveau traite les informations sensorielles d’une manière différente, souvent beaucoup plus intense.

Comprendre ce fonctionnement permet de changer de regard. Derrière des comportements parfois jugés excessifs se cache un cerveau qui travaille en permanence pour gérer un environnement que beaucoup de personnes perçoivent comme ordinaire.

Le cerveau reçoit des milliers d’informations à chaque instant

À chaque seconde, notre cerveau reçoit une quantité impressionnante d’informations provenant de notre environnement et de notre propre corps.

Nous connaissons tous les cinq sens classiques :

  • la vue ;
  • l’ouïe ;
  • l’odorat ;
  • le goût ;
  • le toucher.

Mais il existe également d’autres systèmes sensoriels tout aussi importants.

Le système vestibulaire nous renseigne sur notre équilibre et nos mouvements.

La proprioception nous permet de savoir où se trouvent nos bras, nos jambes ou notre tête sans avoir besoin de les regarder.

Enfin, l’interoception nous informe sur ce qui se passe à l’intérieur de notre corps : la faim, la soif, la fatigue, la douleur, le besoin d’aller aux toilettes, la température corporelle ou encore certaines émotions.

Chez la majorité des personnes, le cerveau trie automatiquement toutes ces informations. Il décide lesquelles sont importantes et lesquelles peuvent rester en arrière-plan.

Chez de nombreuses personnes autistes, ce filtrage automatique fonctionne différemment.

Un cerveau qui filtre autrement

On entend souvent que les personnes autistes sont hypersensibles. Cette affirmation est parfois vraie, mais elle est réductrice.

Le véritable enjeu est souvent la difficulté à hiérarchiser les informations sensorielles.

Imaginez que vous soyez installé dans un restaurant.

Votre cerveau sélectionne naturellement la voix de votre interlocuteur et atténue les autres sons : les conversations voisines, la musique, les couverts, la climatisation ou les portes qui s’ouvrent.

Chez une personne autiste, ces différents sons peuvent arriver avec une importance quasiment identique.

Le cerveau doit alors analyser simultanément :

  • la conversation ;
  • les assiettes qui s’entrechoquent ;
  • la musique de fond ;
  • les rires des autres tables ;
  • le moteur du réfrigérateur ;
  • les odeurs de cuisine ;
  • la lumière des néons.

Ce traitement permanent demande énormément d’énergie.

Même lorsqu’une personne paraît calme, son cerveau peut être en train de fournir un effort considérable.

Chaque sens peut être concerné

jeune fille dans un espace calme entourée d'icônes représentant des aménagements pour réduire la surcharge sensorielleChaque personne autiste possède son propre profil sensoriel.

Certaines sont très sensibles au bruit mais peu gênées par les odeurs.

D’autres supportent difficilement certains vêtements mais adorent les environnements sonores animés.

Il n’existe donc pas une hypersensibilité autistique, mais une multitude de profils différents.

L’ouïe

Les sons constituent souvent la première difficulté évoquée.

Certaines fréquences sont particulièrement agressives :

  • les aspirateurs ;
  • les sèche-mains automatiques ;
  • les sirènes ;
  • les cris d’enfants ;
  • les couverts qui s’entrechoquent ;
  • les moteurs ;
  • les alarmes.

Une cantine scolaire, un centre commercial ou une gare peuvent devenir extrêmement fatigants, non pas parce qu’ils sont objectivement trop bruyants, mais parce que le cerveau ne parvient pas à diminuer automatiquement ces sons.

La vue

Les informations visuelles peuvent elles aussi devenir envahissantes.

Certaines personnes sont gênées par :

  • les néons ;
  • les LED très blanches ;
  • les lumières clignotantes ;
  • les motifs très chargés ;
  • les espaces remplis d’objets ;
  • les mouvements permanents autour d’elles.

Un supermarché, par exemple, sollicite simultanément la vue, l’ouïe, l’odorat et parfois même le toucher.

Pour beaucoup de personnes autistes, cette accumulation devient rapidement épuisante.

Le toucher

Le toucher est probablement l’un des sens les plus difficiles à comprendre pour l’entourage.

Une simple couture de chaussette, une étiquette, une manche légèrement humide ou un tissu rugueux peuvent provoquer un inconfort très important.

À l’inverse, certaines personnes recherchent des sensations de pression profonde, comme :

  • les couvertures lestées ;
  • les vêtements ajustés ;
  • les gros coussins ;
  • les câlins fermes, lorsqu’ils sont désirés.

Ces pressions procurent parfois un véritable apaisement du système nerveux.

L’odorat

Certaines odeurs passent totalement inaperçues pour la majorité des personnes.

Pour une personne autiste, elles peuvent devenir impossibles à ignorer.

Il peut s’agir :

  • d’un parfum ;
  • d’une lessive ;
  • d’un produit ménager ;
  • d’une odeur de cuisson ;
  • d’une bougie parfumée.

L’attention est alors captée par cette odeur, parfois au point de rendre difficile toute autre activité.

Le goût

Les difficultés alimentaires ne sont pas uniquement liées aux saveurs.

La texture joue souvent un rôle essentiel.

Par exemple, une personne peut accepter une purée parfaitement lisse mais refuser la même purée si quelques morceaux sont présents.

Un yaourt avec des morceaux de fruits pourra être rejeté alors que le même yaourt nature sera apprécié.

Il ne s’agit pas d’un manque de bonne volonté mais d’une véritable différence de perception sensorielle.

Le système vestibulaire

Le système vestibulaire gère notre perception de l’équilibre et du mouvement.

Certaines personnes adorent :

  • tourner sur elles-mêmes ;
  • se balancer ;
  • grimper ;
  • sauter ;
  • faire des roulades.

D’autres évitent au contraire :

  • les escalators ;
  • les balançoires ;
  • les manèges ;
  • les ascenseurs ;
  • les trajets en voiture.

Ces différences proviennent du fonctionnement propre de leur système vestibulaire.

La proprioception

La proprioception permet de doser la force de nos gestes et de situer notre corps dans l’espace.

Lorsqu’elle fonctionne différemment, une personne peut :

  • se cogner fréquemment ;
  • casser des objets sans le vouloir ;
  • écrire très fort sur une feuille ;
  • avoir besoin de pousser ou tirer des objets lourds ;
  • rechercher les sensations de compression.

Ces comportements répondent souvent à un besoin sensoriel bien réel.

Podcast sur la proprioception

L’interoception

L’interoception est encore peu connue, alors qu’elle influence énormément le quotidien.

Elle nous permet de ressentir :

  • la faim ;
  • la soif ;
  • la fatigue ;
  • la douleur ;
  • le chaud ;
  • le froid ;
  • le stress ;
  • les besoins physiologiques.

Certaines personnes autistes ne ressentent la faim que lorsqu’elles sont déjà très affaiblies.

D’autres ne réalisent qu’elles sont épuisées qu’au moment où elles n’ont plus aucune énergie.

Cette difficulté explique parfois des comportements qui semblent incompréhensibles à l’entourage.

L’hypersensibilité… mais aussi l’hyposensibilité

On parle souvent d’hypersensibilité, mais certaines personnes présentent au contraire une hyposensibilité.

Le cerveau reçoit alors certaines informations de manière moins intense.

Pour compenser, la personne peut rechercher davantage de stimulations.

Elle peut par exemple :

  • aimer écouter la musique très fort ;
  • rechercher les sensations fortes ;
  • toucher de nombreux objets ;
  • mordiller ses vêtements ou ses stylos ;
  • apprécier les aliments très épicés ;
  • courir ou sauter fréquemment.

Il est même possible d’être hypersensible pour certains sens et hyposensible pour d’autres.

Chaque profil sensoriel est unique.

Pourquoi certaines journées sont-elles plus difficiles que d’autres ?

Les sensibilités ne sont pas figées.

Une mauvaise nuit, une maladie, un stress important ou une accumulation de sollicitations diminuent les capacités du cerveau à gérer les informations sensorielles.

Une personne peut donc très bien supporter un centre commercial un samedi… puis ne plus être capable d’y entrer la semaine suivante.

Cela ne signifie pas qu’elle exagère.

Son cerveau dispose simplement de moins de ressources pour effectuer le filtrage des informations.

Quand la surcharge sensorielle s’installe

La surcharge apparaît rarement d’un seul coup.

Le cerveau accumule progressivement les stimulations.

Les premiers signes peuvent être discrets :

  • la personne parle moins ;
  • elle détourne davantage le regard ;
  • elle devient plus agitée ;
  • elle cherche un endroit calme ;
  • elle répond plus difficilement aux questions.

Si les sollicitations continuent, le cerveau atteint progressivement sa limite.

Selon les personnes, cela peut conduire à :

  • un besoin urgent de quitter les lieux ;
  • des pleurs ;
  • un shutdown, c’est-à-dire un repli profond avec très peu de réactions ;
  • un meltdown, caractérisé par une perte temporaire du contrôle émotionnel ;
  • une fatigue intense qui peut durer plusieurs heures, voire plusieurs jours.

Ces réactions ne sont pas volontaires.

Elles correspondent à un système nerveux qui ne parvient plus à traiter toutes les informations reçues.

En savoir plus sur la surcharge sensorielle

Comment aider sans surprotéger ?

L’objectif n’est pas d’éliminer toutes les stimulations.

Au contraire, le cerveau continue d’apprendre tout au long de la vie.

En revanche, quelques aménagements simples permettent souvent de préserver l’énergie disponible.

Par exemple :

  • proposer un casque antibruit dans les environnements très sonores ;
  • prévenir lorsqu’un changement d’environnement est prévu ;
  • respecter certains choix vestimentaires ;
  • créer un espace calme à la maison ;
  • autoriser des pauses sensorielles ;
  • éviter de multiplier les sollicitations en même temps.

Ces adaptations ne favorisent pas la dépendance.

Elles permettent surtout au cerveau de consacrer son énergie aux activités réellement importantes.

Les stéréotypies sont souvent des outils d’autorégulation

Les stéréotypies, également appelées stims, remplissent très souvent une fonction essentielle.

Se balancer, manipuler un objet, agiter les mains, fredonner ou tapoter une table permettent parfois de retrouver un équilibre sensoriel.

Ces comportements ne sont donc pas inutiles.

Ils représentent bien souvent une stratégie naturelle que le cerveau utilise pour diminuer la surcharge.

Sauf lorsqu’ils mettent la personne en danger, ils méritent davantage d’être compris que supprimés.

Changer de regard

Le traitement sensoriel nous rappelle une réalité essentielle : deux personnes peuvent vivre exactement la même situation sans la percevoir de la même manière.

Lorsqu’une personne autiste refuse un vêtement, quitte un magasin, se bouche les oreilles ou semble soudain épuisée, elle ne cherche généralement ni à attirer l’attention ni à provoquer son entourage.

Elle tente simplement de protéger son système nerveux d’un environnement devenu trop intense.

Comprendre cette différence de fonctionnement permet de remplacer les jugements par de la compréhension.

Et c’est souvent ce changement de regard qui améliore le plus le quotidien des personnes autistes… comme celui de leurs proches.

FAQ

Qu’est-ce que le traitement sensoriel chez une personne autiste ?

Le traitement sensoriel correspond à la manière dont le cerveau reçoit, analyse et interprète les informations provenant des sens. Chez une personne autiste, ce fonctionnement est souvent différent. Certains stimuli sont perçus comme extrêmement intenses tandis que d’autres passent presque inaperçus. Cette différence est une caractéristique fréquente de l’autisme et non un défaut.

Pourquoi les personnes autistes sont-elles souvent hypersensibles ?

L’hypersensibilité sensorielle est liée au fait que le cerveau traite certains signaux avec une intensité beaucoup plus importante. Un bruit, une lumière, une odeur ou un simple contact peuvent devenir douloureux ou envahissants. Cette réaction est involontaire et ne peut pas être contrôlée par un simple effort de volonté.

Une personne autiste peut-elle être à la fois hypersensible et hyposensible ?

Oui. Une même personne peut être hypersensible à certains stimuli et hyposensible à d’autres. Par exemple, elle peut être très gênée par les bruits tout en recherchant des pressions profondes ou des mouvements répétitifs. Le profil sensoriel est propre à chaque individu.

Qu’est-ce qu’une surcharge sensorielle ?

La surcharge sensorielle survient lorsque le cerveau reçoit plus d’informations qu’il ne peut en traiter. Les sons, les lumières, les mouvements, les odeurs et les interactions sociales s’accumulent jusqu’à provoquer un état d’épuisement. Cela peut conduire à un meltdown, un shutdown ou à un besoin urgent de s’isoler.

Quelle est la différence entre un meltdown et un shutdown ?

Le meltdown est une réaction visible où les émotions débordent après une surcharge importante. Le shutdown, au contraire, est un repli sur soi : la personne devient silencieuse, semble absente, a parfois du mal à parler ou à bouger. Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’un choix mais d’une réponse du système nerveux.

Pourquoi certaines personnes autistes font-elles des mouvements répétitifs ?

Ces mouvements, appelés stimming, permettent souvent de réguler les sensations et les émotions. Ils aident à diminuer le stress, à améliorer la concentration ou à retrouver un équilibre sensoriel. Tant qu’ils ne mettent personne en danger, ils sont généralement bénéfiques.

Comment aider une personne autiste en surcharge sensorielle ?

La première étape consiste à réduire les stimulations : diminuer le bruit, baisser la lumière, limiter les sollicitations et respecter son besoin d’isolement. Il est préférable d’éviter les questions insistantes ou les injonctions à se calmer, qui risquent d’augmenter encore la surcharge.

Les difficultés sensorielles concernent-elles tous les autistes ?

Non. La majorité des personnes autistes présentent des particularités sensorielles, mais leur nature et leur intensité varient énormément d’une personne à l’autre. C’est pourquoi il est important de connaître le profil sensoriel propre à chacun plutôt que de généraliser.

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